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Le Temps pascal : 7 dons et 50 jours

50 jours, c'est la durée du Temps pascal, de Pâques jusqu'à la Pentecôte, car il faut du temps pour que l'énergie de la Résurrection du Christ se diffuse en son corps, l'Eglise. Pour les nouveaux comme pour les anciens baptisés, 50 jours pour découvrir toutes les richesses de leur baptême et se préparer à l'effusion de l'Esprit saint à la Pentecôte. C'est pourquoi nous proposons de réfléchir aux sept dons de l'Esprit saint, déjà annoncés dans le livre d'Isaïe (11,1-2), et que la tradition catholique* énumère ainsi : la sagesse, l'intelligence, le conseil, la force, la science, la piété et la crainte de Dieu.

Chaque dimanche sera l’occasion de nous pencher sur l’un de ces dons. Dans le chœur de la cathédrale, une fresque déploiera l’un après l’autre ces dons pour former une flamme, celle du feu de la Pentecôte. Nous recueillerons le témoignage de paroissien(ne)s récemment baptisés ou confirmés : comment ont-ils accueilli dans leur vie ces dons de l’esprit saint ?

* La liste traditionnelle des sept dons du Saint Esprit est attestée en Occident depuis saint Ambroise au 4ème siècle. C’est au Moyen âge que s’est précisée la théologie des dons du Saint Esprit. Déjà, l’hymne Veni Creator, composé au 9ème siècle, chante : « Tu es l'Esprit aux sept Dons ». Saint Thomas d'Aquin, au 13ème siècle a élaboré dans sa Somme théologique une réflexion détaillée des sept dons du Saint Esprit.

La sagesse, l’intelligence, le conseil, la force, la science, la piété et la crainte de Dieu.

Le don de Sagesse (1)

N’est-ce pas le don le plus fondamental ? Le jeune roi Salomon n’a pas demandé la gloire et la richesse, mais « un cœur plein de jugement pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal ». En réponse, Dieu le bénit : « Puisque tu as demandé le discernement, l'art d'être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n'en a eu avant toi et que personne n'en aura après toi. »
Cette sagesse donnée par l’Esprit saint n’est pas la simple sagesse humaine, fruit de notre réflexion et des années, que l’on associe souvent à la vieillesse. La sagesse divine est communiquée à tous par l’habitation de l’Esprit en nous dès le baptême : elle est cette intuition divine semée au fond de notre cœur, comme l’affirmait déjà l’auteur du livre biblique de la Sagesse : « La sagesse est le reflet de la lumière éternelle, le miroir sans tache de l'activité de Dieu, l'image de sa bonté » (7, 26).
Mais si ce don de l’Esprit est semé en nous, comment y accéder ? En descendant en soi, en quittant l’agitation des jours, en nous posant devant Dieu, en nous ouvrant à cette présence de Dieu déjà-là, plus intérieur à nous-même que nous-même : Oui, tu étais là et je ne le savais pas !
Mais s’arrêter pour se présenter devant Dieu ne suffit pas : il nous faut aussi orienter notre désir vers la volonté de Dieu et faire réellement nôtre la prière du Seigneur : « Que ta volonté soit faite », quand si souvent, et si naïvement, nous disons en fait dans notre prière : « Que ma volonté soit faite ». Désirer, rechercher la volonté de Dieu, n’est-ce pas ouvrir la porte de notre cœur à la Sagesse ? Que cette prière du cardinal Mercier nous guide vers ce don déposé en nous :
Esprit-Saint, âme de mon âme, je vous adore. Eclairez-moi, guidez-moi, fortifiez-moi, consolez-moi ; dites-moi ce que je dois faire, donnez-moi vos ordres ; je vous promets de me soumettre à tout ce que vous désirez de moi et d’accepter tout ce que vous permettrez qu’il m’arrive, faites-moi seulement connaître votre Volonté.

Père Franck JAVARY

Le don de l’Intelligence (2)

Au matin de Pâques, deux disciples font route vers Emmaüs, discutant de ce qui s’était passé à Jérusalem à propos de Jésus de Nazareth. Jésus lui-même les rejoint, mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaitre (Luc 24/13-35). Après avoir exprimé leur déception et leur déroute, Il leur dit : « Hommes sans intelligence, cœurs lents à croire ce qu’on dit les prophètes ! Le Messie ne devait-il pas souffrir pour entrer dans sa gloire ? Et il leur fit l’interprétation de ce qui le concernait dans toutes les Ecritures, en commençant par Moïse et ensuite tous les prophètes. »
Les dons de l’Esprit nous sont offerts pour nous confirmer dans la Foi, l’Espérance et la Charité, et notamment le don d’intelligence pour mieux comprendre et apprécier la Parole, mieux connaitre celui de qui nous tenons la Vie, entrer plus avant dans le mystère de Dieu.
L’Ecriture Sainte doit être lue et interprétée à la lumière de l’Esprit qui l’a inspirée : « Nul ne connait ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu » ( 1 Cor 2/11). Lorsque nous nous rencontrons pour un partage de la « Parole » ne serait-il pas souhaitable, avant d’ouvrir le livre, d’invoquer l’Esprit ? Nos rencontres y gagneraient sûrement en intelligence : mieux appréhender et comprendre ce texte inspiré, comment le recevoir pour le vivre et le mettre en pratique au long de nos journées€: « Veni sancte Spiritus ».
Un prêtre astronome attaché à l’observatoire de Paris, avec qui j’ai fait mes premiers pas pour apprendre le latin, m’invitait à me mettre à genoux avec lui et à prier en latin : « Veni sancte Spiritus...» Je pensais en moi-même que, derrière son poste d’observation et devant l’immensité du monde céleste qui s’offrait à lui, il ne pouvait que s’en remettre à Dieu pour en comprendre la signification et décrypter le sens de cet infini.
Ainsi en est-il pour nous afin de découvrir chacun et ensemble de quel amour nous sommes aimés. « Ceux là sont enfants de Dieu qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu» ( Rom 8/14).
Père Jean MOUILLADE

Le don de Conseil (3)

Le don de conseil nous fait réfléchir sur l'importance du discernement dans la vie spirituelle. Avant de prendre une décision, avant de prendre une orientation, il faut demander conseil. Comment acquérir un jugement ?
• La question du sens Le don de conseil est mis en œuvre lorsque se pose la question du sens. Quel sens a ma vie ? C'est-à-dire, quelle signification, quelle direction ? L'Esprit ne donne pas automatiquement l'aptitude à l'évaluation et il n'indique pas le chemin qui fera progresser vers plus de liberté et d'amour. C'est pourquoi le don de conseil suppose précisément que l'on demande conseil, que l'on demande l'aide d’autres personnes, d’un accompagnateur, car on n’est pas chrétien tout seul.
• Chercher les traces de l'Esprit Le don de conseil, c'est chercher les traces de l'Esprit dans sa vie personnelle. Il s'agit de tenir conseil avec soi-même, c'est-à-dire développer la capacité de remémorer, d'examiner avec soin une situation qui fait problème, de rechercher les causes d'un malaise, d'écouter des points de vue divergents, de refuser de se laisser captiver par les sollicitations extérieures.
Pour que le jugement soit juste, il est nécessaire de relire sa vie à la lumière de la Parole de Dieu. Discerner, c'est trier, faire la différence, séparer les choses, prendre conscience des désirs contradictoires, nommer ce que l'on ressent (tristesse, excitation, fermeture sur soi...).
Père Xavier PALLATIN

Le don de Force (4)

Voilà un don de l’Esprit qui peut surprendre ! De quelle «force» s’agit-il ? Certainement pas de la force injuste, cette «loi du plus fort» qui s’oppose à la loi d’amour du Christ. Le don de force nous donne le courage de réaliser ce que le don de conseil nous révèle. Ce que Dieu nous demande, il nous donne lui-même la force de l’accomplir. Cette force se déploie dans notre faiblesse humaine. «Ce que je veux, je ne le fais pas; mais ce que je déteste, je le fais. Qui me délivrera ? », écrit saint Paul aux Romains. C’est l’Esprit saint qui nous délivre de notre impuissance à faire le bien. Ce don de force prend différentes tonalités suivant nos situations de vie : Réconfort face à l’épreuve, comme l’exprime admirablement le sacrement des malades : « Par cette onction sainte, que le Seigneur, en sa grande bonté, vous réconforte par la grâce de l’Esprit Saint ».
Persévérance et confiance face au malheur. Face aux ténèbres, à la nuit qui envahit notre coeur, l’Esprit nous ramène vers ce murmure intérieur : “Je suis la lumière du monde : qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres” (Jean 8, 12).
Courage de témoigner de notre foi face à l’indifférence ou l’hostilité  : c’est l’assurance des apôtres dans la proclamation du Christ mort et ressuscité. Patience et fidélité pour aimer dans la vie quotidienne. C’est l’héroïsme de la petitesse, tel que l’a vécu sainte Thérèse de Lisieux. Force d’aimer jour après jour auprès d’un proche malade, handicapé ou très âgé, quand le découragement ou le ras-le-bol menacent... Demandons dans notre prière ce renouvellement du don de force spirituelle en nous !
Père Franck Javary

Le don de Science (5)

Le Père T., professeur d’écriture sainte au séminaire d’Issy-les-Moulineaux, prenait en main ses notes de cours et les agitait au-dessus de sa tête en nous disant haut et fort : « Prenez des notes si vous le voulez, moi j’ai les miennes !»
A trois heures de l’après-midi, il se devait de réveiller notre attention et surtout nous rappeler que, pour ne pas faire de fautes d’interprétation des textes bibliques, il nous fallait être guidé, s’en remettre à ceux qui ont des charismes particuliers pour décrypter les manuscrits des premiers siècles de notre ère, tels ceux découverts à Qumran. De nombreux experts scientifiques, animés d’un même Esprit, collaborent ensemble : historiens, exégètes, archéologues, sociologues, épigraphistes et autres spécialistes en langues sémitiques... Les notes et les renvois qui accompagnent les textes bibliques en sont le fruit. Lorsque nous entendons proclamer la «Parole de Dieu» ou chantons un Psaume, nous bénéficions de nombreuses années d’études et d’échanges du « savoir » mis au service de l’Eglise, afin d’être au plus près de la vérité du texte. L’Esprit-Saint déploie ce don de science au cœur même des compétences de chacun afin que, des ténèbres qui nous entourent, nous entrions dans la pleine Lumière.
Les Evangiles ne manquent pas de souligner les multiples interrogations sur la personne de Jésus « Qui est-il ? » ... sur l’humanité et le sens de la vie et de la mort, de l’au-delà « Qui suis-je ? » Toutes les questions relatives au monde auquel nous appartenons sont susceptibles de trouver une réponse. «O Lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous les fidèles».
Soyons aussi soucieux de l’approfondissement de notre Foi pour ne pas tomber dans l’erreur et qu’apparaisse la Vérité toute entière. De grands contemplatifs et théologiens, témoins d’hier et d’aujourd’hui, nous proposent par leurs écrits et leurs propres expériences spirituelles une aide indéniable pour notre marche vers Dieu.
Curieux de Dieu ? Le sommes-nous vraiment ? Curieux du sens de notre vie ? Le sommes-nous vraiment ? Aux nouveaux venus dans l’Eglise du Christ, St-Paul écrivait : « Autrefois vous étiez ténèbres, maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur : marchez désormais comme les fils de la Lumière» ( Eph, 5/8)
Père Jean MOUILLADE

Le don de Piété (6) ou avoir un cœur de pauvre

Le mot de piété renvoie à des attitudes pieuses, à des pratiques de dévotions. Dans l'Église, au long des siècles, celles-ci ont été encouragées mais ont fait aussi l'objet de beaucoup de réticences.
Or, le don de piété consiste avant tout à honorer Dieu. Il correspond à ce que l'on appelle la spiritualité des pauvres de Dieu. Le psalmiste, Marie, Jésus font partie de ces pauvres dont parle la Bible. Cette attitude qui consiste à reconnaître la grandeur de Dieu. Les pauvres ne cessent de proclamer : « le Seigneur est le grand roi sur toute la terre ». Ils se prosternent devant le créateur de l'univers. Dans les psaumes, le psalmiste s'exclame : « Qui est semblable au Seigneur notre Dieu ? », question qui exprime bien la spiritualité des pauvres : « Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire !» C'est aussi une confiance sans limite. La grandeur de Dieu n'est pas écrasante. Dieu protège le faible. Il donne du courage à celui qui désespère et se sent abandonné. Entrer en confiance avec Dieu, c'est faire de Dieu un abri, un rocher, une forteresse : « Le Seigneur défend les petits, j'étais faible, il m'a sauvé ».
Enfin le don de piété se traduit par une grande espérance. Les pauvres, dans la Bible, attendent le règne de Dieu non pas dans une démonstration de force et de revanche, mais comme une manifestation de bonté en faveur des humbles et des plus démunis, des pécheurs. Le don de piété se manifeste dans la recherche de paix. Les peurs et les défiances réciproques disparaissent. Alors que l'avenir du monde semble parfois compromis et menacé par l'injustice et le mensonge, demandons ce don de piété avec d'autant plus d'insistance.

Père Xavier PALLATIN

Le don de crainte de Dieu (7)

"Crainte" ! Pourquoi utiliser ce mot qui évoque la peur ? Mais si c’est un don de l’Esprit saint, c’est alors qu’il vise une tout autre attitude en nous. Mais après tout, de quoi avons-nous peur ? Nos peurs ne disent-elles pas en creux nos désirs ? L’abbé Pierre répondait ainsi au questionnaire de Proust :
“Votre plus grande peur ?” Il me revient une parole de scout : “Nous n'avons qu’une peur au monde, c'est d’offenser notre Seigneur “.
La " crainte de Dieu " est une expression biblique* qui signifie notre saisissement devant la grandeur et la sainteté de Dieu. Son mystère ne peut être qu’adoré, dans une conscience aiguë de notre condition de créature. Il y a une infinie distance entre Dieu et l’homme, que Dieu seul peut et veut combler. Quand Dieu s’approche, nous sommes saisis, à l’image de Moïse devant le Buisson ardent ou des trois apôtres devant Jésus transfiguré.
Cette crainte n’est pas la peur d’un Dieu inconnu et inquiétant, qu’il s’agirait d’amadouer par nos prières ou nos offrandes. La crainte de Dieu signifie ce respect profond devant la puissance d’amour de Dieu. Elle nous libère des autres peurs, comme l’a enseigné Jésus de manière provocante : " Ne craignez pas les hommes... craignez plutôt Dieu " (Mt 10,26-33). La crainte de Dieu, ce désir de faire sa volonté, nous libère de toute crainte humaine. " C’est à Dieu qu’il faut obéir et non aux hommes ", dira fermement Pierre devant le Sanhédrin.
Franchissons alors une dernière étape : craindre Dieu, c’est craindre Celui dont nous n’avons rien à craindre... puisqu’il est notre Père ! Car l’amour parfait bannit la peur, et les dons du saint Esprit culminent dans l’adoration parfaite de l’amour : " Il n'y a pas de crainte dans l'amour ; au contraire, le parfait amour bannit la crainte, car la crainte implique un châtiment, et celui qui craint n'est pas parvenu à la perfection de l'amour." (1 Jean 4,18)
* L’Ancien comme le nouveau Testament l’utilise abondamment : cf. Luc 23,40  Actes 2, 42 et 10,22, Apocalypse19,5, etc.
Père Franck Javary